Les Cahiers de la Santé Naturelle : regards d’experts

Améliorer la relation praticien–consultant grâce à l’analyse gestuelle

Rédigé par Stephen BUNARD
07/04/2026
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Un levier pour l’alliance thérapeutique, la précision du suivi et l’observance

Dans les entretiens de nutrition, de micronutrition ou d’accompagnement fonctionnel, la qualité de la relation praticien–consultant est un déterminant majeur de l’efficacité thérapeutique. Au-delà de la pertinence des recommandations, la capacité à créer la confiance conditionne l’adhésion, la compréhension et la mise en œuvre durable des conseils prodigués. Or, une part essentielle de cette relation se joue au-delà des mots. On sait aujourd’hui que 80 % de la communication humaine repose sur le non verbal. Posture, regard, mimiques, gestes, micromouvements, respirations ou silences véhiculent des informations précieuses sur l’état émotionnel et relationnel du consultant.

Dans un contexte où les entretiens se densifient et où les consultants arrivent parfois chargés d’expériences hasardeuses, de culpabilités alimentaires, de croyances personnelles, hébétés par la cacophonie informationnelle des réseaux sociaux, la capacité du praticien à percevoir ces signaux faibles et mieux encore, à les conscientiser pour adapter son entretien et ses interactions devient un sujet critique et un enjeu clinique.

Les premières minutes du rendez-vous avec le consultant sont à ce titre déterminantes. Avant même l’analyse des bilans ou l’élaboration d’un plan nutritionnel, le consultant manifeste, parfois inconsciemment, son niveau de stress, d’attente, de confiance ou de réserve.

Être attentif au langage corporel du consultant permet d’ajuster immédiatement la posture relationnelle, de hiérarchiser les informations et de valider que le cadre proposé est adapté à son état. Cette lecture précoce contribue à éviter un décalage fréquent entre ce qui est suggéré et ce que le consultant est réellement en capacité d’intégrer dans son quotidien. L’enjeu est d’autant plus important que l’entretien nutritionnel implique souvent une forte charge informationnelle. Des recommandations alimentaires qui peuvent sembler inédites, des compléments nombreux, des changements engageants de mode de vie, de la biologie qui sort des sentiers battus, une faible perception de l’importance d’un suivi rigoureux dans le temps : le consultant peut acquiescer verbalement tout en étant déjà saturé ou peu impliqué.

Le non verbal se pose alors en indicateur précieux pour évaluer ce qui est compris, accepté et mobilisable et ce qui relève d’un agrément de façade. Dans ce contexte, l’analyse gestuelle participe pleinement à l’amélioration de l’observance et à la prévention des abandons précoces.

Et pour le praticien, elle accompagne sa nécessaire mue vers un rôle désormais de praticien-coach, apte à vérifier la motivation du consultant et la robustesse de son engagement.

Challenger votre feeling

C’est dans cette perspective que la Synergologie®[9] trouve une application pertinente en rendez-vous avec un consultant. Cette discipline née au Québec il y a une vingtaine d’années s’appuie sur les plus récents développements en neurosciences comportementales et sur une immense base de données pour tester et valider ses hypothèses, synthétisant des études éparses et comblant le manque de références sérieuses en analyse du non verbal.

Au-delà des différences culturelles qui comptent pour très peu dans l’ensemble de notre gestualité (pour environ 5 %), cette approche du langage universel du corps étudie les microgestes inconscients, tels que les mouvements des yeux et des sourcils, les mimiques de bouche, l’orientation de la tête, certains autocontacts (grattages et caresses), les configurations et mouvements des mains, les positions sur la chaise…

Il faut à ce stade s’affranchir des légendes urbaines qui sont légion, que ce soit sur les bras croisés qui seraient fermeture, sur les sourires qui seraient ouverture (la grande majorité des sourires sont faux comme l'observation des yeux le prouve[7]), sur la direction du regard, qui indiquerait d’un côté vérité, de l’autre mensonge, sur le regard fuyant etc.[1] La Synergologie® sort des lectures simplistes et arrangeantes et propose une lecture structurée et contextualisée des états internes, à valider par l’échange, de la même manière qu’un raisonnement clinique s’appuie sur des faisceaux d’indices. L’idée est de transformer votre feeling en hypothèse plus affirmée par l'observation objective des signaux et d’aller la vérifier par un questionnement subtil.

En pratique, cette approche permet au praticien de repérer des signaux d’adhésion, de rejet, de stress, d’hésitation ou de dissimulation et d’identifier d’éventuelles incohérences entre le discours et le vécu du consultant. Elle favorise une posture d’écoute active, bien plus concrète que toute autre et dans laquelle le praticien observe, formule des hypothèses et ajuste sa communication en temps réel. Cette finesse d’observation renforce l’empathie du praticien. C’est là qu’interviennent les neurones miroirs[8].

Ce que je lis sur l’autre allume dans mon cerveau les mêmes zones qui s’allumeraient si je faisais le geste moi-même. Nous sommes archaïquement programmés pour l’empathie. Mais observe-t-on tellement l’autre d’ordinaire ? Avec plus d’acuité visuelle du praticien et parce que ses questions sont plus ciblées, plus nombreuses, ou arrivent au meilleur moment, le consultant en retire le sentiment d’être réellement compris, ce qui constitue un socle essentiel de l’alliance thérapeutique.

Trois cas concrets où le non verbal change la donne

Les bénéfices se manifestent concrètement dans plusieurs situations clés de l’entretien. Lorsqu’un consultant décroche ou se trouve en surcharge d’informations, certains micro-signaux corporels peuvent alerter le praticien. Le regard devient moins présent (défocalisation progressive), des micro-tensions ou des gestes d’auto-contact apparaissent. Par exemple, la commissure de lèvre tombante peut être vue comme un marqueur de la déception. Les clignements de paupières trop nombreux tendent à souligner la charge cognitive : trop d’infos. La main vient gratter le cou : la personne pourrait avoir de la peine à verbaliser.

La personne recule sur sa chaise en arrière vers la gauche, ou les mains se posent sur la tête, dans les deux cas, elle serait potentiellement en train d’abandonner la partie[2]. Ces manifestations ne traduisent ni désintérêt ni opposition, mais souvent un trop-plein. Les identifier permet de ralentir le rythme, de reformuler, de rassurer et de recentrer le rendez-vous sur l’essentiel, évitant ainsi un rendez-vous vécu comme trop exigeant.

De la même manière, certaines résistances ou freins ne s’expriment pas verbalement. Une recommandation peut entrer en conflit avec des croyances alimentaires, des habitudes ancrées ou des expériences passées. Le corps exprime alors une tension interne qui peut se traduire par des modifications subtiles de la posture ou de l’orientation de la tête. Par exemple, les sourcils vont pouvoir se lever et exprimer très finement l’accord ou… le désaccord, selon la durée du mouvement. La tête peut basculer vers la droite pour exprimer vigilance ou tension. Un retrait labial (lèvres pincées) indiquerait que la personne ne nous dit pas tout. Ou elle se gratterait, homme ou femme, la zone de la moustache pour remettre en cause un propos[3].

Plutôt que d’entrer dans une confrontation directe, l’observation de ces signaux invite à explorer, questionner et déconstruire progressivement, dans un climat de sécurité relationnelle. Cette approche favorise un changement plus durable et une adhésion sincère.

Autre cas, l’analyse du non verbal est utile pour évaluer la motivation réelle et l’engagement du consultant dans le suivi. Lorsqu’il est question de passer à l’action, certains gestes inconscients peuvent traduire une ambivalence entre l’envie de changer et le doute quant à la capacité à y parvenir. Par exemple, une personne peut pencher sa tête à gauche en signe d’empathie et d’accord. La main gauche surexprimée peut indiquer une plus grande implication pour agir.

Mais le consultant pourrait aussi se caresser le bras et signifier non consciemment un appel à l’aide. Il a vraisemblablement besoin de reformulation ou de complément d’information. Un mordillement de la lèvre inférieure gauche indiquerait plutôt une certaine anxiété quant à tenir les recommandations par exemple[4]. Voir le consultant se pincer le nez peut alerter sur un élément qui le dérange.

Repérer ces signaux permet d’ajuster les objectifs, de les rendre plus concrets, atteignables et temporellement définis et d’impliquer activement le consultant dans la construction de son parcours. Cette démarche s’inscrit pleinement dans les principes de l’éducation thérapeutique et contribue à renforcer son autonomie et sa fidélisation. Enfin, l’analyse gestuelle pourrait permettre d’évaluer des états internes de mal-être plus profonds chez le consultant. Utilisée en entreprise dans l’évaluation de la santé mentale, des risques psychosociaux, dans les enquêtes pour harcèlement, discrimination et management toxique, elle permet de comprendre ce qui se passe dans la vie du consultant.

Par exemple, ce qui se passe dans la tête du consultant a un impact sur la neurotonicité de muscles très fins, notamment ceux qu’on trouve autour des yeux. L’affaissement d’une paupière peut marquer un état de déprime, le blanc sous les yeux va plutôt dans le sens d’un mal-être, un clignement de paupières désynchronisé, car une paupière peut cligner plus vite qu’une autre, soulignerait davantage une réaction émotionnelle très forte en lien avec un propos tenu[5].

À tout cela s’ajoutent évidemment d’autres signaux à observer, par exemple les grattages qu’il faut la plupart du temps, hors raisons pathologiques, interpréter comme une régulation émotionnelle. Il y a derrière certains grattages une vérité qui démange autant qu’elle dérange. À ce titre, le visage et en particulier la zone du nez fait souvent l’objet d’autocontacts[10] et en particulier de grattages quand les choses ne se passent pas conformément à nos souhaits.

On observe pincement de nez, ailes de nez grattées, base d’une narine, la gauche ou la droite, index passant à une ou plusieurs reprises sous le nez, permettant un nuancier d’interprétations possibles[6]. Autant d’éléments qui aideront le praticien à apprécier le contexte de vie du consultant et à l’interroger avec une attention plus délicate et plus soutenue.

Intégrer l’analyse gestuelle dans la pratique quotidienne transforme ainsi l’entretien nutritionnel en un espace de collaboration plutôt qu’en un échange descendant. Le non verbal devient un levier thérapeutique discret mais puissant, au service d’une communication plus juste, d’une personnalisation accrue du suivi et d’une meilleure satisfaction, tant pour le consultant que pour le praticien. Le consultant revient pour la qualité d’écoute et la pertinence des recommandations, tandis que le praticien gagne en clarté, en efficacité et en confort de pratique.

Cette approche ouvre une réflexion complémentaire : au-delà de l’observation du consultant, comment le praticien peut-il analyser et ajuster son propre langage corporel pour inspirer confiance, rassurer, motiver, convaincre et aider son consultant à se livrer ? Cette question, centrale dans la relation de soin, pourra faire l’objet d’un prochain article.

BUNARD Stephen

Stephen BUNARD est conférencier, synergologue®, coach expert de la relation de soin et micronutritionniste spécialisé en neuro-nutrition®, microbiote et longévité en santé.

Il est l’auteur de : « Vos Gestes disent tout haut ce que vous pensez tout bas » (SoBook, 2018).

Pour les professionnels souhaitant approfondir cette thématique, un mini-guide PDF intitulé « Les 7 règles d’or pour se préparer à observer avant un entretien » est accessible via ce lien : https://www.stephenbunard.com/bonus-decouverte

Sources : 

[1] M. Kinsbourne, Direction of gaze and distribution of cerebral thought processes, Neuropsychologie, vol. 12, n°2, 1974. 

[2] Harmon-Jones and al., The effect of manipulated sympathy and anger on left and right frontal cortical activity, Emotion, vol. 4, N°1, 2004.

[3] Mueller, Martin and Grunwald, Self-touch: contact durations and point of touch of spontaneous facial self-touches differ depending on cognitive and emotional load, Plos One, Public Library of Science, vol.4, n°3, 2019.

[4] Sonny-Borgström, Jönsson and Svensson, Emotional empathy as related to mimicry reactions at different levels of information processing, Journal of Nonverbal Behavior, vol. 27, n°1, 2003.

[5] Irwin et Thomas, Eyeblinks and cognition, Monographs in cognitive science, Psychology press, 2010.

[6] Moliné, Galvez-Garcia, Fernandez-Gomez et al., The mental nose and the Pinocchio effet: thermography, planning, anxiety and lies, Journal of investigative psychology and offender profiling, vol.15, N°2, 2018.

[7] Gunnery SD, Ruben MA. Perceptions of Duchenne and non-Duchenne smiles: A meta-analysis. Cogn Emot. 2016, PMID: 25787714.

[8] Cattaneo L, Rizzolatti G. The mirror neuron system. Arch Neurol. 2009, PMID: 19433654.

[9] L’ensemble de la Synergologie® et du vidéogramme qui recense les milliers de signes et leur interprétation possible a fait l’objet de deux doctorats de la part du Dr Philippe Turchet (7), à l’origine de cette discipline, l’un à l’Université de Nanterre, en sciences du langage et l’autre à l’Université de Laval (Québec), en en sciences de l’éducation. il est chercheur associé au laboratoire MoDyCo de l’Université Paris-Nanterre.

[10] Rahman, Mumin, Fakhruddin, How Frequently Do We Touch Facial T-Zone: A Systematic Review, Annals of global health, Boston college, Vol. 86, 2020.