Les Cahiers de la Santé Naturelle : regards d’experts

Interview de Célia Mores

Rédigé par Experts COPMED
07/04/2026
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"On pense souvent aller bien parce qu'on n'a pas de maladie, mais lorsqu'on améliore son alimentation, son sommeil, ses routines, on découvre qu'on pouvait aller mieux que bien."

Bonjour Célia Mores. Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?

Je suis Célia Mores, docteure en neurosciences. À l’origine, je voulais faire médecine, mais le concours étant ce qu’il est, je me suis finalement orientée vers la biologie : une licence de biochimie, puis une maîtrise de biologie cellulaire et de physiologie. C’est important pour moi de le préciser, car je viens d’un univers très scientifique, très biologique, et pas du tout de la psychologie au sens psychanalytique du terme — même si j’en étais passionnée au lycée !

C’est au cours de ma maîtrise de biologie cellulaire et physiologie que je suis littéralement tombée amoureuse de la discipline, en particulier des neurosciences comportementales. On faisait de la biologie très cellulaire, mais appliquée aux comportements, et c’est ça qui m’a fascinée.

C’est au cours de ma maîtrise de biologie cellulaire et physiologie que je suis littéralement tombée amoureuse de la discipline, en particulier des neurosciences comportementales. On faisait de la biologie très cellulaire, mais appliquée aux comportements, et c’est ça qui m’a fascinée.

J’ai ensuite poursuivi avec un DEA de neurosciences à Paris, durant lequel, j’ai travaillé sur des modèles animaux de schizophrénie : on mimait des anomalies cérébrales chez le rat, notamment au niveau de l’hippocampe, pour étudier les remaniements possibles. C’était passionnant, mais je voulais passer à l’humain. Ce qui m’intéressait réellement, c’était la santé humaine, la dimension médicale. C’est pourquoi, entre mon DEA et ma thèse, j’ai changé de laboratoire pour rejoindre une équipe travaillant sur des concepts de psychologie cognitive. Ça a été une découverte totale pour moi.

Ma thèse a porté sur le comportement : j’ai étudié la mémoire spatiale et contextuelle de patients schizophrènes, en comparant leurs performances à celles de sujets sains. Je les faisais parcourir un trajet dans l’hôpital de la Salpêtrière, puis j’évaluais leur capacité à se souvenir, se repérer, décrire l’itinéraire ou reconnaître des lieux. Toute cette recherche m’a amenée à approfondir le fonctionnement de la mémoire, du traitement de l’information par le cerveau et plus largement des mécanismes cognitifs.

Ensuite, je suis tombée — un peu par hasard - dans l’enseignement. Au départ, je n’étais pas du tout destinée à donner cours, mais une opportunité m’a été proposée, et elle a été déterminante. J’ai été ATER à l’Université Paris 8, où j’ai enseigné la psychologie cognitive, les neurosciences, le langage, le handicap, du niveau licence jusqu’au master.

Par la suite, j’ai rejoint une école de diététique et de nutrition humaine où j’enseigne aujourd’hui les liens entre comportements alimentaires et cerveau, l’axe intestin-cerveau, la physiologie de la faim et de la satiété, les mécanismes hormonaux, ainsi que l’impact de la nutrition sur le cerveau et les performances cognitives.

Je suis également conférencière : j’interviens auprès du grand public et de professionnels sur la nutrition, le cerveau, le stress, la surcharge mentale, et l’impact des comportements alimentaires.

J’aime transmettre et rendre accessibles ces connaissances issues des neurosciences.

À côté de cela, je suis chroniqueuse sur NutriRadio, où je traite de nutrition, neurosciences, sciences cognitives et comportements alimentaires.

Je suis aussi ambassadrice Bleu-Blanc-Cœur, car je défends une alimentation de qualité, avec des produits qui apportent les nutriments essentiels tout en respectant des modes de production plus vertueux.

Enfin, je suis passionnée d’art. Je suis membre d’une association culturelle créée en 1946 par Matisse et Bonnard, l’UMAM. Ma mère, qui en est présidente, organise de grandes expositions et biennales, et je m’intéresse particulièrement aux liens entre l’art et les neurosciences.

J’ai d’ailleurs réalisé une conférence sur le lien entre mythologie, psychologie et neurosciences à l’occasion d’une exposition organisée récemment.

Mes deux grandes passions restent donc la science, les neurosciences en particulier et l’art, auxquelles s’ajoute naturellement tout ce qui touche au comportement alimentaire. Comme le disait Hippocrate : « Que ton alimentation soit ta première médecine. »

Et comment la nutrition est-elle entrée dans votre parcours ?

À vrai dire… totalement par hasard. On m’a proposé de donner des cours dans une école de diététique et de nutrition humaine. Au départ, j’y allais simplement pour enseigner le rôle du cerveau sur la régulation nerveuse du tube digestif et sur les comportements alimentaires ainsi que les addictions (en me basant toujours sur la psychologie cognitive et les neurosciences). Et en fait, mes collègues, mes étudiants, l’ambiance… tout ça m’a plongée dans le monde de la nutrition, que je ne connaissais pas du tout.

Il faut savoir que dans ma propre enfance et adolescence, je ne mangeais absolument aucun légume. Vraiment aucun ! On avait beau me dire “il faut bien manger”, je répondais : “je n’ai pas de carences, je me porte très bien, laissez-moi tranquille.” Ce n’était pas un sujet pour moi.

C’est plus tard, en arrivant à Paris et en vivant seule, que mon alimentation est devenue complètement anarchique : peu d’envie de cuisiner, peu d’efforts, et aucune conscience nutritionnelle.

Et c’est finalement lorsque j’ai commencé à enseigner dans une école de diététique que j’ai découvert ce monde-là : d’abord grâce à mes collègues, mais surtout grâce à mes étudiants, qui m’ont passionnée. Je me suis dit : il y a là quelque chose de fondamental.

Au début de votre carrière, étiez-vous déjà dans cette approche ?

À vrai dire… totalement par hasard. On m’a proposé de donner des cours dans une école de diététique et de nutrition humaine. Au départ, j’y allais simplement pour enseigner le rôle du cerveau sur la régulation nerveuse du tube digestif et sur les comportements alimentaires ainsi que les addictions (en me basant toujours sur la psychologie cognitive et les neurosciences). Et en fait, mes collègues, mes étudiants, l’ambiance… tout ça m’a plongée dans le monde de la nutrition, que je ne connaissais pas du tout.

Il faut savoir que dans ma propre enfance et adolescence, je ne mangeais absolument aucun légume. Vraiment aucun ! On avait beau me dire “il faut bien manger”, je répondais : “je n’ai pas de carences, je me porte très bien, laissez-moi tranquille.” Ce n’était pas un sujet pour moi.

C’est plus tard, en arrivant à Paris et en vivant seule, que mon alimentation est devenue complètement anarchique : peu d’envie de cuisiner, peu d’efforts, et aucune conscience nutritionnelle.

Et c’est finalement lorsque j’ai commencé à enseigner dans une école de diététique que j’ai découvert ce monde-là : d’abord grâce à mes collègues, mais surtout grâce à mes étudiants, qui m’ont passionnée. Je me suis dit : il y a là quelque chose de fondamental.

Comment avez-vous développé votre intérêt pour la nutrition et les comportements alimentaires ?

Au départ, je m’intéressais surtout aux liens entre nos représentations mentales et nos choix alimentaires : pourquoi choisit-on tel biscuit plutôt qu’un autre ? Pourquoi préfère-t-on un produit dont on croit connaître le goût ?

Pourquoi pense-t-on que Coca est meilleur que Pepsi alors qu’en dégustation à l’aveugle, ce n’est pas toujours vrai ? Nos choix sont rarement rationnels : ils sont guidés par des habitudes, des croyances, des souvenirs, des émotions.

Puis j’ai découvert l’impact de la nutrition sur nos performances cognitives. J’ai lu énormément, j’ai expérimenté sur moi-même, j’ai changé ma façon de manger… et là, j’ai vu des bénéfices.

Pas des bénéfices immédiats, ce n’est pas comme prendre un antalgique mais des améliorations progressives, profondes, durables. Et je me suis dit qu’il fallait absolument transmettre tout cela, parce que la nutrition est bien plus importante que ce qu’on imagine quand on se croit “en bonne santé”.

Aujourd’hui, je m’intéresse aussi à la prévention, à une forme de médecine plus naturelle dans le sens où, avant même de soigner, on peut éviter certains problèmes en agissant sur l’hygiène de vie. On pense souvent aller bien parce qu’on n’a pas de maladie, mais lorsqu’on améliore son alimentation, son sommeil, ses routines, on découvre qu’on pouvait aller mieux que bien.

Et puis il y a la dimension hormonale, capitale dans les comportements alimentaires. Lors de mes conférences, j’explique souvent qu’une personne atteinte d’obésité ne manque pas de volonté : elle subit souvent un dérèglement des hormones de la faim et de la satiété. Si la satiété arrive trop tard, on mange davantage, c’est logique.

Comprendre la biologie permet de déculpabiliser, de sortir des discours simplistes du type “il suffit de faire un effort”.

C’est cette articulation entre neurosciences, psychologie cognitive et nutrition que j’essaie aujourd’hui de transmettre, pour aider les gens à comprendre leurs comportements plutôt que de s’auto-juger.

Quels sont les effets d’une mauvaise alimentation sur la cognition ?

Ils sont très bien documentés. On sait aujourd’hui que les régimes riches en aliments ultratransformés, en sucres rapides, en graisses saturées, ce qu’on appelle globalement la “junk food”, augmentent le risque d’obésité, de maladies cardiovasculaires et métaboliques. Ça, c’est connu.

Mais ce qu’on sait moins, c’est que cela diminue aussi les performances cognitives.

Et ça peut aller très vite. Certaines études montrent qu’en quatre à cinq jours d’alimentation très déséquilibrée, on peut déjà observer une baisse mesurable des performances mentales.

C’est réversible, heureusement. Mais on le sent : manque de concentration, sensation de brouillard mental, difficulté à organiser ses pensées. C’est d’ailleurs ce que vivent beaucoup de personnes après les fêtes ou les vacances d’été.

Quand je parle des effets de l’alimentation sur le cerveau, je précise toujours que les personnes qui se suralimentent ou qui ont une alimentation déséquilibrée ne sont pas forcément moins intelligentes ni incapables de réussir.

Mais lorsqu’on mesure certaines fonctions cognitives, tests de mémorisation, rappel de mots, apprentissage, on constate des différences avec celles qui ont une alimentation plus saine.

Cela s’explique notamment par la leptine, qui ne régule pas seulement la satiété mais influence aussi nos capacités de mémorisation. Une alimentation déséquilibrée modifie aussi le microbiote et réduit sa diversité, ce qui a un impact direct sur le fonctionnement cérébral et cognitif.

À l’inverse, quels nutriments sont particulièrement bénéfiques pour le cerveau ?

J’aime comparer le cerveau à une voiture : une Ferrari ne fonctionne pas correctement si on y met du diesel. De la même manière, notre cerveau a besoin de nutriments précis pour bien fonctionner. Parmi les plus importants, je cite :

  • Les oméga-3, qui maintiennent la structure des neurones et la fluidité de leurs membranes, favorisent la neurogenèse et la synaptogenèse, et interviennent dans la production et la libération de neurotransmetteurs comme l’acétylcholine, la dopamine et la sérotonine, essentiels pour la mémoire, l’apprentissage, la motivation, l’attention, le sommeil et l’humeur.
  • Les antioxydants, présents dans les fruits rouges comme les myrtilles ou dans certains condiments comme le vrai wasabi, qui protègent les neurones du stress oxydatif et préviennent leur mort, contribuant ainsi à limiter le déclin cognitif et certaines démences, et qui améliorent même les performances mnésiques.
  • Les vitamines, notamment A, C, E et celles du groupe B, qui agissent comme cofacteurs pour les enzymes permettant la synthèse des neurotransmetteurs et protègent les neurones. La vitamine D, en particulier, est corrélée à un déclin cognitif moindre avec l’âge.
  • Les protéines, qui apportent les acides aminés nécessaires à la fabrication des neurotransmetteurs : tyrosine et phénylalanine pour la dopamine, adrénaline et noradrénaline, tryptophane pour la sérotonine et choline pour l’acétylcholine. Ces acides aminés seuls ne suffisent pas, il faut aussi les cofacteurs pour que la synthèse se fasse correctement.
  • Le magnésium, minéral essentiel, surtout en période de stress où il est éliminé par les urines. Il joue un rôle clé dans la synthèse des neurotransmetteurs et dans la gestion de l’anxiété.

Sans ces nutriments, la production de neurotransmetteurs est insuffisante, ce qui a un effet boule de neige sur la motivation, l’attention, la concentration, la mémorisation et l’apprentissage.

Par exemple, le tryptophane a besoin de glucides complexes pour traverser la barrière hématoencéphalique et devenir sérotonine.

Quel est le lien entre stress, alimentation et cognition ?

Quand on est stressé, on produit adrénaline, noradrénaline puis cortisol. Ces hormones modifient notre appétit et nos préférences alimentaires.

On pourrait croire que le stress coupe la faim, mais en réalité, beaucoup de gens se dirigent vers des aliments gras et sucrés. Pourquoi ? Parce que le cerveau cherche à fabriquer de la sérotonine, neurotransmetteur du calme et du bien-être, dont la synthèse nécessite… des glucides pour faciliter le passage du tryptophane au cerveau.

C’est une réaction biologique, pas un manque de volonté. Quand on comprend ça, on arrête de culpabiliser les comportements alimentaires. On les explique.

Vous enseignez aussi la cohérence cardiaque. Pouvez-vous expliquer ce que c’est ?

C’est une technique de respiration très simple, mais dont les effets physiologiques sont extrêmement documentés. Elle agit sur le système nerveux autonome, en rééquilibrant le sympathique (stress, alerte) et le parasympathique (repos, récupération).

On peut mesurer les effets :

  • baisse du cortisol,
  • baisse de la fréquence cardiaque,
  • amélioration de la variabilité cardiaque,
  • meilleure attention,
  • meilleure prise de décision.

Ce n’est pas du “bien-être” flou : c’est physiologique.

Comment la pratiquer au quotidien ?

La référence, c’est 5 minutes, 3 fois par jour, 5 secondes d’inspiration – 5 secondes d’expiration. Il existe des applications avec une bulle qui monte et descend, ce qui évite d’avoir à compter dans sa tête.

Les moments recommandés :

  • le matin pour accompagner le pic de cortisol,
  • avant le déjeuner pour éviter les compulsions,
  • en fin d’après-midi pour “décharger” la journée.

Le soir, pour l’endormissement, on peut passer en 4 secondes d’inspiration et 6 secondes d’expiration, ce qui active encore davantage le parasympathique.

Et ce qui est important : on peut le faire partout. Dans les transports, au bureau, dans les toilettes, en famille, en open space. Même deux minutes, c’est toujours ça de gagné.

Quels effets concrets observez-vous dans les groupes auxquels vous l’enseignez ?

J’ai utilisé la cohérence cardiaque sur différents publics, y compris des étudiants surexcités qui revenaient du déjeuner. Ça les calmait immédiatement, et eux-mêmes me redemandaient d’en faire ensuite.

Chez les soignants, dans une étude menée en 2021, on a observé des effets à la fois subjectifs (moins de stress, meilleure concentration) et objectifs (diminution tension artérielle, fréquence cardiaque…). Dans des métiers où l’erreur peut avoir des conséquences graves, c’est précieux.

Globalement, plus on pratique, plus on entre rapidement en cohérence cardiaque. Ça devient presque automatique.

Merci Célia Mores.

MORES Célia

Célia Mores est docteure en neurosciences, conférencière et chargée d’enseignements à l’EDNH (École de diététique et nutrition humaine). Elle est également chroniqueuse sur NutriRadio, où elle anime l'émission "La Sphère Neuro", le vendredi de 11h à 12h.

Elle met son expertise scientifique au service de la compréhension du fonctionnement du cerveau, notamment en lien avec le stress, la santé et les comportements.

Membre du comité scientifique du réseau national des Centres de Gestion du Stress (CGS), elle contribue à la diffusion de connaissances fondées sur la recherche auprès des professionnels et du grand public.