Les interviews d'experts de la médecine fonctionnelle

Interview d'Alexandra ATTALAUZITI

07/11/2023
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Une interview d'Alexandra ATTALAUZITI

"Je souhaite que l'on s'oriente vers un parcours de soin intégratif, associant davantage la médecine conventionnelle aux techniques naturelles."

Pouvez-vous vous prĂ©senter pour nos lecteurs s’il vous plaĂźt ?

Bonjour, je suis Alexandra Attalauziti, naturopathe, rĂ©flexologue et Ă©galement formatrice. J'ai fait une formation en Ă©cole d’infirmiĂšre, il y a de nombreuses annĂ©es. J’ai malheureusement Ă©tĂ© contrainte d’arrĂȘter aprĂšs deux ans Ă  la suite de soucis de santĂ©. C'est Ă  ce moment-lĂ  que j'ai trouvĂ© une formation assez accessible pour moi, pour ĂȘtre assistante en stomatologie et ainsi pouvoir travailler au bloc opĂ©ratoire. Je suis petite fille et niĂšce de stomatologue, je passais dĂ©jĂ  mes mercredis et mes samedis en salle de stĂ©rilisation donc je baignais dedans depuis un certain temps.

TrĂšs rapidement, j'ai rĂ©alisĂ© que j'avais envie d'aller vers la santĂ© naturelle. J'ai grandi avec un grand-pĂšre et une maman qui nous soignaient avec des huiles essentielles, des micronutriments, on consommait des produits biologiques, etc. De surcroĂźt, Ă©tant Ă  cette Ă©poque sportive de haut niveau, j’avais dĂ©jĂ  recours Ă  la supplĂ©mentation avant mĂȘme de suivre le circuit de sport Ă©tude. Je connaissais donc bien ce milieu, j'ai d’ailleurs longuement hĂ©sitĂ© entre suivre une formation d’ostĂ©opathie ou de naturopathie.

OstĂ©opathie, Ă  l’époque, c’était « mieux vu ». C’était donc plus facile pour moi de suivre cette spĂ©cialitĂ© en complĂ©ment de mon exercice d’assistante en stomatologie. À la fin de mes quatre annĂ©es d'Ă©tudes, j'ai pu me lancer en tant qu'assistante en Ă©cole d'ostĂ©opathie. J'ai rapidement lancĂ© mon propre cabinet, et le marchĂ© de l'ostĂ©opathie s’est vite organisĂ© en parallĂšle. Malheureusement pour moi, Ă  l’époque, j’ai fait le « mauvais » choix de l’école, et je me suis retrouvĂ©e contrainte de supprimer ma plaque d’ostĂ©opathe quelque temps plus tard, au profit de « techniques manuelles cranio-sacrĂ©es ».

C’est Ă  ce moment-lĂ  que j'ai dĂ©cidĂ© d'aller plus loin, en faisant une Ă©cole de naturopathie. GrĂące Ă  mon cercle familial j’avais grandi dans le monde mĂ©dical, j’étais trĂšs autodidacte, mais j’avais besoin d’entĂ©riner tout ce savoir. J’ai Ă©galement fait une formation pour ĂȘtre moi-mĂȘme formatrice, parce que cela me plaisait d’enseigner. J’ai donc donnĂ© des cours d’anatomie physiopathologique, Ă©galement de nutrition
 Les accrĂ©ditations commençant Ă  arriver sur le marchĂ© de la santĂ© naturelle, il fallait que je sois un organisme de formation pour avoir le droit d’enseigner. Je me suis donc lancĂ©e et j’ai crĂ©Ă© mon propre organisme de formation pour pouvoir faire de la sous-traitance. Petit Ă  petit, je me suis donc dirigĂ©e vers la formation, et comme je ne suis pas de ceux qui font les choses Ă  moitiĂ©, je suis partie de trois modules et me suis retrouvĂ©e avec un cursus de plusieurs centaines d’heures en naturopathie.

Je pense qu'Ă©tant donnĂ© que je ne pouvais plus poursuivre le sport Ă  un niveau Ă©levĂ©, j’ai redirigĂ© mon dĂ©sir de dĂ©passement vers le domaine intellectuel. Mon esprit avait besoin de cette activitĂ© stimulante, d’oĂč mon vif intĂ©rĂȘt pour l’apprentissage. En parallĂšle de tout ceci, je me suis Ă©galement mariĂ©e et j’ai donnĂ© naissance Ă  mes cinq enfants. Voici donc mon parcours, en quelques mots.

Vous ĂȘtes Ă  l’origine du Syndicat des Professionnels de la Naturopathie. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi avoir crĂ©Ă© ce syndicat ?

J’ai dĂ©cidĂ© de monter le Syndicat des Professionnels de la Naturopathie il y a 7 ans, avec Monsieur Cosimo Diciolla, afin d’éviter aux futurs praticiens naturopathes d’essuyer les mĂȘmes plĂątres dont j’avais fait les frais quelques annĂ©es auparavant en ostĂ©opathie, en n’ayant pas de process de validation de compĂ©tences. À mon sens, les organisations professionnelles qui existaient dĂ©jĂ  et qui faisaient Ă  n’en point douter un trĂšs bon travail, avaient peut-ĂȘtre une vision un peu trop Ă©litiste du mĂ©tier. Je pars du principe que l’on peut avoir diffĂ©rents niveaux de compĂ©tences dans un mĂ©tier et qu'on n'a pas tous le potentiel d'avoir le niveau du « Naturopathe expert » par exemple. C’est ce pourquoi j'ai eu envie de faire un syndicat pour tous les professionnels de la Naturopathie, pour permettre Ă  ceux qui ne maĂźtrisent qu’une branche de la naturopathie, comme la nutrition ou l’aromathĂ©rapie par exemple, d’exercer quand mĂȘme, d’accompagner ses usagers en leur garantissant un parcours de soins en toute sĂ©curitĂ©. J'ai assez rapidement fait adhĂ©rer mon syndicat Ă  la Chambre nationale des professionnels libĂ©raux, avec assez de facilitĂ© c’est vrai car mon grand-pĂšre en Ă©tait l’un des fondateurs. J’ai d’ailleurs rapidement eu des responsabilitĂ©s au sein de cette Chambre. Aujourd’hui, je suis responsable du secteur Bien-Être, j’ai une vue sur tous les syndicats des mĂ©tiers du bien-ĂȘtre, je suis conseillĂšre nationale et prĂ©sidente de commission Ă  la Caisse de protection sociale des travailleurs indĂ©pendants (CPSTI), et je suis Ă©galement administrateur de l’union nationale des caisses d’assurance maladie (UNCAM). Je gĂšre ainsi des dossiers de mĂ©diation au niveau national et par consĂ©quent, je fais partie des interlocuteurs privilĂ©giĂ©s des organisations ministĂ©rielles.

Malheureusement, il semble qu’elles ne reçoivent plus mes multiples sollicitations par courrier, email ou tĂ©lĂ©phone depuis le 28 juin 2023, date Ă  laquelle le MinistĂšre Firmin a lancĂ© le comitĂ© stratĂ©gique de restructuration en vue de cartographier les « pratiques non conventionnelles ». Je dĂ©plore profondĂ©ment cette ignorance car le SPN faisait partie des interlocuteurs qui Ă©taient trĂšs souvent sollicitĂ©s. Je garde espoir que mes nombreuses tentatives de contact soient Ă  nouveau considĂ©rĂ©es, afin que nous puissions poursuivre le travail de reconnaissance de nos mĂ©tiers qui avait Ă©tĂ© amorcĂ©. Il faut savoir qu’à ce jour, autour de cette table, il y a No Fake Med, le Conseil de l’ordre des mĂ©decins, l’AMCA, mais strictement aucun syndicat mĂ©dical et bien-ĂȘtre. Nous devions y ĂȘtre, ils nous avaient demandĂ© beaucoup de documentations, nous avions longuement travaillĂ© avec les professionnels pour monter un dossier de qualitĂ©. Nous Ă©tions prĂȘts Ă  les rejoindre, tout comme d’autres syndicats mĂ©dicaux qui avaient Ă©tĂ© conviĂ©s mais qui n’ont finalement pas eu l’opportunitĂ© de s’exprimer. Parmi eux, les pharmaciens notamment qui travaillent tous les jours avec les professionnels de la naturopathie et qui sont capables de donner un avis sur la collaboration avec les naturopathes.

Quel est le rîle du syndicat des professionnels de la naturopathie ?

Le SPN travaille avec d'autres organisations professionnelles que sont la FENA, l’OMNES, la APHN et la APNF. Nous sommes donc cinq organisations, et sommes

Etudiants en cours

 pour le moment le seul syndicat qui soit considĂ©rĂ© comme reprĂ©sentatif parce qu’en France, quand on veut ĂȘtre reprĂ©sentatif il faut ĂȘtre rattachĂ© Ă  une organisation plus importante. Nous sommes rattachĂ©s Ă  la CPL, nos statistiques et nos adhĂ©rents sont donc enregistrĂ©s au ministĂšre du Travail comme reprĂ©sentatifs et c’est pour cela que les professionnels adhĂ©rents peuvent exercer au sein des Urssaf, des CAF, des CPSTI, etc. En rĂ©alitĂ©, nous avons surtout une action sociale, c’est-Ă -dire que nous dĂ©fendons les droits sociaux de nos adhĂ©rents parce qu'Ă  partir du moment oĂč la branche de mĂ©tier n’existe pas vĂ©ritablement, c'est compliquĂ© de protĂ©ger ses droits de professionnel, aussi bien en tant que salariĂ© ou qu’indĂ©pendant. Depuis 3 ans, nous avons une trĂšs grosse enveloppe budgĂ©taire affĂ©rente aux frais d'avocat et d'huissier, Ă©tant donnĂ© que nous faisons partie, comme d'autres organisations professionnelles, des gens qui protĂšgent les usagers. Nous avons constituĂ© de nombreux dossiers permettant l’arrĂȘt d’activitĂ© de naturopathes « autoproclamĂ©s dangereux », en vue de protĂ©ger les usagers, mais nous intervenons Ă©galement pour protĂ©ger les usagers de la formation professionnelle. Malheureusement, on recense de plus en plus d’arnaques Ă  la formation. Depuis 2017, la rĂ©pression des fraudes fait un trĂšs bon travail de contrĂŽle des professionnels en exercice. Ces derniers doivent se prĂ©senter comme autodidactes ou certifiĂ©s d’une Ă©cole, qui pour ĂȘtre valable doit elle-mĂȘme ĂȘtre reconnue auprĂšs de la Direction du travail. Malheureusement, il y a beaucoup de gens qui ne sont pas bien informĂ©s sur lesdites Ă©coles, et qui parfois payent 15 000 euros pour une formation qui n’est pas enregistrĂ©e, Ă  l’issue de laquelle ils ne sont pas certifiĂ©s naturopathes. Dans ce cadre-lĂ , lorsque la rĂ©pression des fraudes identifie un praticien non certifiĂ© qui exerce en se prĂ©sentant comme tel (mĂȘme si ce dernier l’ignore car il pense ĂȘtre issu d’une Ă©cole enregistrĂ©e), l’amende s’élĂšve Ă  144 000 euros pour publicitĂ© mensongĂšre. Inutile de prĂ©ciser donc, que sans une protection tierce, les praticiens mettraient souvent la clĂ© sous la porte aprĂšs avoir Ă©tĂ© contraints d’indiquer la mention « autodidacte » sur tous leurs supports de communication ainsi que la porte de leur cabinet.

Notre rĂŽle au sein du SPN, est donc aussi de gĂ©rer ces dossiers en renvoyant ces professionnels Ă©conduits vers des Ă©coles partenaires du syndicat ou d’autres syndicats professionnels, afin qu'ils puissent valider leurs compĂ©tences.

Au syndicat, on a aussi un rĂŽle d’informateur notamment auprĂšs du ministĂšre, pour parler de nos mĂ©tiers. Nous intervenons donc dans le cadre du ministĂšre du Travail, de la Formation, nous communiquons avec France CompĂ©tences qui dĂ©livre des titres RCP, nous essayons d’échanger aussi avec la lutte antisecte.

Enfin, le SPN est lui-mĂȘme organisme de formation. Il a donc aussi pu valider les compĂ©tences de certains professionnels en litige ou de professionnels souhaitant valider leurs compĂ©tences.

L'adhĂ©sion au SPN est-elle rĂ©servĂ©e uniquement aux naturopathes ?

L'adhésion au syndicat est réservée à tout professionnel exerçant au moins une technique naturopathique parmi les 10 techniques naturopathiques. C'est-à-dire que nous avons beaucoup de professionnels réflexologues par exemple qui sont réflexologues exclusifs et qui sont au SPN. Nous avons aussi des kinésithérapeutes qui sont micronutritionnistes, des ostéopathes qui sont conseillers en phytothérapie, ils doivent juste prétendre d'une attestation de fin de formation en validant leurs compétences émanant d'un organisme de formation.

Nous avons une commission d'admission, donc tous les dossiers d'adhĂ©sion sont contrĂŽlĂ©s. Nous avons une commission de veille juridique, c’est-Ă -dire que tout nouvel adhĂ©rent est contrĂŽlĂ© par notre comitĂ© de veille (site internet, rĂ©seaux sociaux...).

Nous suivons le process que fait l'inspecteur de la rĂ©pression des fraudes. Nous avons un cahier des charges et nous conseillons notre adhĂ©rent en lui suggĂ©rant de changer cette phrase, de penser Ă  mentionner ceci ou cela
 Tous les adhĂ©rents passent au contrĂŽle une Ă  deux fois par an, parce qu’il peut arriver qu’ils oublient qu'ils ont fait Ă©voluer leurs pratiques ou parce que la lĂ©gislation peut aussi avoir Ă©voluĂ©. C'est un service que nous offrons Ă  nos adhĂ©rents depuis le dĂ©but et cela leur plaĂźt bien.

Nos professionnels doivent tous ĂȘtre assurĂ©s, mĂȘme si l'assurance professionnelle n'est pas obligatoire pour nos mĂ©tiers, nous imposons Ă  tous nos professionnels d’ĂȘtre assurĂ©s et de disposer d’un tiers de mĂ©diation, exigĂ© par le code du commerce. Enfin, nous leur demandons leur attestation de fin de formation, pour que nous sachions d'oĂč ils viennent. Nous avons des adhĂ©rents qui exercent sur le territoire français mais qui sont formĂ©s Ă  l'Ă©tranger. Notre service d'admission est donc aussi compĂ©tent pour gĂ©rer cela et en ce moment, il y a de nombreuses arnaques pour des formations au Canada par exemple, qui sont certes trĂšs bonnes, mais dont les pratiques ne sont pas autorisĂ©es sur le sol national. En rĂ©alitĂ©, le praticien aura donc payĂ© la moitiĂ© de son cursus pour apprendre des choses qu’il n’aura in fine pas le droit de mettre en pratique en France.

Nous avons Ă©galement parmi nos adhĂ©rents plus de 500 mĂ©decins qui ne sont pas sur notre annuaire parce que les mĂ©decins n'ont pas le droit d'ĂȘtre mis en avant. NĂ©anmoins, certains d’entre eux ont des orientations naturelles, ils sont par exemple micronutritionnistes, phytothĂ©rapeutes, pour certains ils ont des DU
 Ils font partie des professionnels que nous pouvons mettre en avant auprĂšs de nos adhĂ©rents quand ils demandent Ă  travailler de façon intĂ©grative, avec des mĂ©decins.

Quelles sont les ambitions du syndicat dans les annĂ©es Ă  venir ?

Je dirais mĂȘme dans les mois Ă  venir ! Je souhaiterais que la naturopathie soit rĂ©glementĂ©e par le ministĂšre de la SantĂ©, par le ministĂšre du Travail, que nous ayons des formations reconnues et certifiantes au niveau des titres RNCP, et pas seulement pour le mĂ©tier de naturopathe. Je souhaiterais que nous pensions aussi aux autres professionnels qui n'ont peut-ĂȘtre pas les compĂ©tences nĂ©cessaires ou le temps leur permettant de se diriger vers une certification de naturopathe, qui fait partie des compĂ©tences relativement Ă©levĂ©es, mais qui peuvent s'ils le souhaitent ĂȘtre des vendeurs spĂ©cialisĂ©s en boutique naturelle ou en officine, faire du conseil en naturopathie sans avoir spĂ©cialement de techniques manuelles, avoir un peu moins de compĂ©tences en physiopathologie pour accompagner des troubles. Finalement, il s’agit surtout de protĂ©ger les usagers afin qu’ils sachent quel type de professionnel ils peuvent aller voir.

J’aimerais aussi rassurer tous les professionnels mĂ©dicaux et paramĂ©dicaux qui travaillent avec nous depuis des annĂ©es, pour qu'on puisse continuer Ă  travailler de façon intĂ©grative avec eux, pour sĂ©curiser le parcours de soins de l'usager. Nous savons bien que les usagers sont de plus en plus en demande de ces techniques naturelles mais nous sommes conscients qu’ils ont des pathologies nĂ©cessitant la prise en charge par les professionnels mĂ©dicaux. Malheureusement, le fait qu'on continue Ă  mettre d'un cĂŽtĂ© les professionnels du bien-ĂȘtre et de l’autre les professionnels mĂ©dicaux, pousse certains usagers Ă  faire des mauvais choix. C'est pour cela qu'il faut que nous avancions rapidement vers la santĂ© intĂ©grative pour que la prise en charge puisse se faire correctement et que nous empĂȘchions l'accĂšs aux autoproclamĂ©s « je ne sais quoi ».

Que pensez-vous des Ă©pisodes mĂ©diatiques houleux dont la profession a fait l’objet ces derniers mois, notamment avec l’affaire Doctolib, certaines dĂ©rives de prises en charge, etc. ?

Concernant Doctolib, je n’ai pas de problĂšme avec le fait que l’on nous ait demandĂ© de sortir. Cela a Ă©tĂ© fait dans les rĂšgles, les praticiens ont disposĂ© de 6 mois pour trouver d’autres solutions et grĂące Ă  cela, de nombreux annuaires ont vu le jour en redoublant de vigilance pour contrĂŽler l’expertise des professionnels rĂ©fĂ©rencĂ©s. Pour cela, j’ai plutĂŽt vu le cĂŽtĂ© positif.

Cours en distanciel

Ce qui a Ă©tĂ© nĂ©gatif en revanche, c'est la rĂ©currence de ces articles. Certains journaux font parfois quatre articles sur la mĂȘme personne toutes les semaines, et cela donne l'impression que tous les naturopathes sont comme cela. À mon sens, c’est plutĂŽt cette publicitĂ© qui nous a causĂ© du tort. À titre personnel, je suis l'interlocutrice privilĂ©giĂ©e de plusieurs journalistes qui ont fait un rĂ©el effort pour comprendre, pour s’informer. Il y a quelques mĂ©dias qui pointent systĂ©matiquement leur lampe torche sur les problĂšmes, mais bien souvent ce sont les mĂȘmes. Le plus problĂ©matique, c’est que nous ne disposons pas de rĂ©elle opportunitĂ© en face. C’est-Ă -dire que l’on compte trĂšs rarement des articles qui mettent en avant un bon naturopathe oĂč un cabinet pluridisciplinaire dans lequel il y a un naturopathe, un sophrologue, un mĂ©decin, une sage-femme, avec qui cela se passe trĂšs bien et avec qui on a des municipalitĂ©s contentes d'avoir fait intĂ©grer des professionnels du bien-ĂȘtre dans leur maison de santĂ©.

L'Ă©pisode mĂ©diatique devient compliquĂ© Ă  cause de cela. De mon cĂŽtĂ©, cela fait dĂ©jĂ  5 mois que je demande au ministĂšre du Travail et au ministre de l'IntĂ©rieur de faire cesser ces articles parce que l’impact Ă©conomique chez les professionnels qui sont pourtant trĂšs compĂ©tents est rĂ©el.

L'Ă©cosystĂšme a fait un travail Ă©norme, c’est-Ă -dire que les annuaires ont fait un gros travail. On a Ă©tĂ© nombreux Ă  informer les usagers. Maintenant, il faut que le tapage mĂ©diatique cesse ou alors qu'on explique aussi qu’il y a de trĂšs bons professionnels qu'on peut trouver Ă  tel endroit. J’avais expliquĂ© Ă  un de ces mĂ©dias qui aime bien rajouter de l’huile sur le feu que l’identification d’un mauvais professionnel est trĂšs simple : s’il dit qu'il faut arrĂȘter les traitements mĂ©dicamenteux ou qu’il dĂ©nigre un traitement mĂ©dicamenteux, c’est un signal d'alarme pour pas y aller. Malheureusement, il ne l’avait pas publiĂ© alors que dans les faits, c’est un des premiers indicateurs Ă  surveiller en consultation.

ConcrĂštement, je pense que cela a fait du bien pour les annuaires, qui ont fait un super travail aprĂšs Doctolib, en contrĂŽlant la validation des compĂ©tences, ou en mettant une vignette « autodidacte ». Aujourd’hui, Doctolib a Ă©tĂ© remplacĂ© par MĂ©doucine, CrĂ©nolib, RĂ©salib, Connectilib, Consulib. Il y a aussi les annuaires des organisations professionnelles qui ont aussi fait un gros travail pour certaines organisations, en fouillant les processus d'adhĂ©sion.

Sur le site du SPN, les adhĂ©rents qui sont rĂ©fĂ©rencĂ©s le sont strictement dans leur domaine de compĂ©tence. Il est possible de voir si le praticien est en cours d’étude ou s’il exerce, si oui dans quel domaine et avec quelle spĂ©cialité  Choisir un praticien rĂ©fĂ©rencĂ© chez nous c’est une garantie pour le consommateur d'aller consulter un naturopathe ou un conseiller en naturopathie bien formĂ©, sĂ©rieux, qui rĂ©pond aux exigences du mĂ©tier.

Si quelqu'un se dit naturopathe alors que nos Ă©quipes ont vu en commission d'admission qu'il n’avait par exemple que des compĂ©tences en phytothĂ©rapie, il aura le droit de s'installer mais il sera enregistrĂ© chez nous comme conseiller en phytothĂ©rapie.

Comment voyez-vous l'Ă©volution de la profession de naturopathe ?

Je souhaite qu’on s’oriente vĂ©ritablement vers un parcours de soins intĂ©gratifs, associant la mĂ©decine conventionnelle aux techniques naturelles, incluant la naturopathie et toutes autres prises en charge relatives aux techniques de bien-ĂȘtre.

Pensez-vous pouvoir ĂȘtre davantage encadrĂ©s ?

Oui tout Ă  fait, mais pour que nous soyons encadrĂ©s il faudrait que nous soyons rĂ©glementĂ©s. D’oĂč l’importance de constituer un cahier des charges, pour dĂ©finir une charte, au sein de laquelle nous pourrions Ă©voluer, qui nous dirait quoi faire et quoi respecter. Une fois que le cadre est dĂ©fini, ce n’est pas compliquĂ© de s’y conformer. D’autant plus que les professionnels de la naturopathie, comme de la sophrologie ou autre spĂ©cialitĂ© sont des personnes qui sont trĂšs investies pour la qualitĂ© de service de leurs clients. DĂšs que nous leur proposerons un environnement de travail structurĂ© visant Ă  assurer une qualitĂ© de service optimale, nous rencontrerons peu d’obstacles pour la dĂ©ployer auprĂšs des professionnels de santĂ©.

En parallĂšle du rĂŽle de prĂ©sidente du SPN, vous ĂȘtes aussi directrice de l'Ă©cole ADNR. Pouvez-vous nous en parler ?

Tout Ă  fait. Je suis donc la directrice gĂ©nĂ©rale d’ADNR Formation qui tend Ă  former des naturopathes, des conseillers en naturopathie, des conseillers de vente en produits naturels, des rĂ©flexologues, des praticiens de massages bien-ĂȘtre
 L’école a aujourd’hui plus de 13 ans.

Nous faisons de l'ingĂ©nierie mixte depuis le dĂ©but, avant mĂȘme que les facultĂ©s de mĂ©decine ne se lancent Ă  digitaliser les cours d'anatomie. Donc on a Ă  la fois

Travailler en distanciel

 des cours thĂ©oriques en e-learning et des cours en prĂ©sentiel pour la mise en situation professionnelle et la validation des compĂ©tences. On est prĂ©sent dans 15 villes sur le territoire national. J'ai Ă©galement un de mes centres qui est en Guadeloupe. On forme Ă  peu prĂšs entre 400 et 450 professionnels en naturopathie par an. Je suis aussi Ă  la tĂȘte de Consult ADNR qui est un assistant digital qui permet d'aider le professionnel du bien-ĂȘtre Ă  ĂȘtre respectueux des donnĂ©es de santĂ© de ses clients sur un serveur santĂ©. C'est donc un assistant qui permet Ă  la fois d'avoir les questionnaires, la rĂ©ponse attendue Ă  l’anamnĂšse, le partage des conseils en naturopathie, des audios de sophrologie
 Le comitĂ© scientifique de Consult ADNR a pu mettre beaucoup de fiches pratiques des programmes naturopathiques d'aide. Nous sommes aussi partenaires avec de nombreux laboratoires extrĂȘmement compĂ©tents, dont COPMED, ce qui veut dire que tout le monde a la documentation technique des laboratoires, et enfin, nous avons un logiciel de facturation et un logiciel de veille scientifique parce que mon leitmotiv c'est de pousser les professionnels du bien-ĂȘtre Ă  maĂźtriser les preuves cliniques et les preuves scientifiques de ce qu'ils recommandent, donc les interventions non mĂ©dicamenteuses, qui bĂ©nĂ©ficient de nombreuses preuves scientifiques depuis 20 ans. Nous sommes partenaires de Kalia pro.

Enfin, j'ai une autre sociĂ©tĂ© qui s'appelle ADNR Family, qui vend des petites formations cette fois-ci Ă  visĂ©es familiales. Ce sont tous mes meilleurs Ă©tudiants qui ont Ă©crit des mĂ©moires et qui les publient sur ADNR Family pour prĂ©senter une thĂ©matique. L’idĂ©e c’est Ă  la fois de vulgariser les accompagnements mais aussi de mettre Ă  l'honneur mes anciens Ă©tudiants qui ont bien travaillĂ©, parce que les lecteurs qui achĂštent les cours Ă  visĂ©e familiale pourront dĂ©couvrir l'auteur et se dire « j'ai envie d'aller consulter chez lui ».

Ces cours ont un objectif d'apprentissage, ils ne sont pas certifiants. C'est la naturopathie au service de la famille, en mettant toujours le professionnel au cƓur de la dĂ©marche. Bien entendu, ce n’est pas parce que nous lisons un cours sur la naturopathie au service de l’endomĂ©triose que nous avons l'expertise pour nous occuper de notre endomĂ©triose. Mais au travers de ces quelques pages, nous dĂ©couvrons un expert de la naturopathie qui est spĂ©cialisĂ© dans l'endomĂ©triose.

Ce que je souhaitais pour mes apprenants, c’était du 360°, c’est-Ă -dire que je m'occupe d’eux quand ils rentrent chez ADNR Formation, et quand ils sortent je ne les lĂąche pas.

Enfin, au mois de septembre nous avons également mis en ligne la plateforme ADNR Santé parce que comme je l'avais dit précédemment, je formais surtout des praticiens du domaine médical initialement. Je vais donc revenir à mes premiers amours, en distanciel et en présentiel, pour que les professionnels médicaux puissent aussi améliorer leurs compétences, dont ils sont trÚs friands.

Que conseilleriez-vous aux futurs apprenants pour bien choisir leur Ă©cole ?

Fleurs violettes

Pour choisir son centre de formation, il faut ĂȘtre attentif aux modalitĂ©s d'Ă©valuation qui doivent ĂȘtre rĂ©guliĂšres afin de voir quel est son propre niveau, s’assurer qu’il y ait des vrais formateurs pour enseigner car l’intelligence artificielle qui rĂ©pond aux questions a ses limites, se renseigner sur la qualitĂ© des formateurs et leur anciennetĂ©, et enfin je pense qu'il faut faire attention Ă  la modalitĂ© d'Ă©valuation finale. En effet, il ne faut pas oublier que lorsqu’on se forme Ă  un mĂ©tier d’humain, on va accompagner des usagers dans la vie quotidienne et il faut que les professeurs accompagnent les Ă©lĂšves dans des mises en situation rĂ©elles.

Je fais partie des gens qui sont convaincus qu'il faut faire de la clinique, donc je privilĂ©gie les centres de formation qui imposent de faire des prises en charge cliniques supervisĂ©es. GrĂące Ă  cela, lorsqu’on se lance, tout le stress susceptible d’arriver lors des premiĂšres consultations a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©vacuĂ© lors des entraĂźnements. La particularitĂ© de ce mĂ©tier c'est qu'on se dirige vers un mĂ©tier de professionnel libĂ©ral, donc dans la majoritĂ© du temps on va s'installer tout seul dans son cabinet.

Autre point auquel je pourrais conseiller de prĂȘter attention c’est l’axe pĂ©dagogique. De nombreuses personnes nous consultent avec des troubles chroniques importants. Il est donc capital d’ĂȘtre en mesure de leur expliquer ce Ă  quoi ils sont confrontĂ©s, et comment faire pour que leur corps fonctionne mieux.

Enfin, je terminerais en demandant aux centres de formation s’ils prĂ©sentent bien les contre-indications, les interactions mĂ©dicamenteuses, etc.

En rĂ©sumĂ©, je dirais que les centres de formation qui ne forment pas le professionnel Ă  une installation professionnelle, avec des pans juridiques, commerciaux, ou relatifs Ă  la communication prĂ©parent mal Ă  l’insertion sur le marchĂ©. C’est un gros investissement en temps, en argent, il faut savoir prendre le recul nĂ©cessaire pour analyser les diffĂ©rentes options qui s’offrent Ă  soi, c’est important.

Si vous Ă©tiez :

Un endroit dans le monde : une plage en Corse, ma prĂ©fĂ©rĂ©e c’est celle de Lumio.

Une plante : le lilas.

Une spĂ©cialité : que pourrais-je vous dire d’autre que la naturopathie ? Rires.

Une qualité : c'est aussi un de mes dĂ©fauts
 Je dirais la rigueur.

Un sport : le KaratĂ©, mĂȘme si je n'ai plus le droit d'en faire !

Une citation : j’en connais beaucoup, mais Ă  court terme je vais dire « Commencer, c'est dĂ©jĂ  la moitiĂ© du travail fait ».

Merci Alexandra Attalauziti.

Syndicat des Professionnels de la Naturopathie

Alexandra ATTALAUZITI

Présidente du Syndicat des Professionnels de la Naturopathie                                      

https://syndicat-naturopathie.fr/