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Interview de Catherine BLANC, psychanalyste et sexologue

Photo de Catherine Blanc, psychanalyste interviewée"J'ai toujours su parler de la sexualité très tranquillement. Pour moi ça fait partie de la vie, c'est assez simple, poétique."

Bonjour Catherine Blanc, pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs s’il vous plaît ?

Bonjour. Je m’appelle Catherine Blanc, je suis psychanalyste. Ceci dit, je pratique la psychothérapie de type analytique en face-à-face et non l’analyse de divan. Si j’accueille la multitude des sujets de préoccupations de mes patients, ma formation freudienne ayant mis à l’honneur le sujet de la sexualité, j’étais toute disposée à le questionner. C’est ainsi que j’ai très naturellement eu envie de ne pas en rester à sa seule lecture psychique pour une compréhension élargie à la mécanique et au physiologique, ce qui m’a conduite à la faculté de médecine pour une formation   Je suis donc psychanalyste et sexologue !

Par ailleurs, j’ai de tout temps – et ce bien avant d’être psychanalyste – été intéressée par ce qu’on appelait les simples, autrement dit les plantes et leurs vertus médicinales. Préadolescente, je m’amusais à faire des mixtures à base de plantes aromatiques du jardin, je confectionnais des potions que je voulais magiques. Bien sûr c’était un jeu d’enfant, mais derrière lequel je témoignais déjà très sincèrement de ma curiosité en matière de soin. Il faut dire qu’un papa dentiste et une maman qui soignait de temps à autre nos petits maux avec différentes approches de médecines douces auront orienté mon intérêt pour le soin de l’autre et le soin de soi. Ma sensibilité pour la richesse et la magie que recèle la nature aura fait le reste.

J’aurai ainsi été de plus en plus curieuse au fil du temps, d’huiles essentielles, de plantes, d’équilibre alimentaire. Je n’aurai pas manqué de tester beaucoup de choses sur moi, pour trouver ce qui me permettait d’avoir de l’énergie, de me réparer, de me soigner. La maturité de ma fonction et mon goût, tel une évidence, pour une lecture holistique de l’individu, aura fait mon questionnement et mes lectures tous azimuts, jusqu’à mon grand intérêt pour la micronutrition qui contribue à l’équilibre de l’horloge interne d’un individu. Elle est à l’origine de ses humeurs, de son énergie, de ses joies de vivre, de son désir de vivre et donc, de son désir sexuel.

Depuis combien de temps exercez-vous en tant que sexologue ?

Cela fait 29 ans que j’ai commencé mon activité de psychanalyste, 21 ans que je suis sexologue.

Pourquoi avoir la sexualité comme voie professionnelle ?

Vous savez, il y a deux façons de raconter les histoires. J’ai pour habitude de raconter la première par simplicité et logique mais la seconde, expression d’une réaction émotionnelle, est en réalité celle qui m’aura permis le passage à l’acte.

Comme je vous le disais, cette spécialisation me semblait tomber sous le sens : j’étais psychanalyste, de formation freudienne, et Freud s’intéressant à la sexualité c’était un sujet simple pour moi. Je travaillais avec des adultes qui de fait, me parlaient de leur couple en difficulté, de leurs désirs amoureux…

J’ai toujours su parler très tranquillement de la sexualité. Rien de coupable ou de grivois, mais au contraire de possiblement poétique et joyeux quand la vie ne la brusque pas pour la faire sombrer dans le drame. La psychanalyse m’aura offert un moyen d’expression, un support pour réfléchir ce sujet avec intelligence. La sexologie, elle, me permettait l’ancrage dans le réel des corps, de leur ordre et désordre.

Un duo de connaissances assez normal pour moi, même si je n’avais pas de modèle de sexologue dans mon entourage.

Et puis il y a la petite histoire, celle qui fait le déclic ou la (nouvelle) évidence.

Tandis que j’avais commencé ma carrière à Bruxelles, mon idée de faire cette spécialité pour les raisons que je viens d’évoquer m’a fait me heurter à une difficulté de passerelle entre mon diplôme français et la formation à la faculté en Belgique. J’y ai donc renoncé et suis passée à tout autre chose sans le moindre regret. Quelques années plus tard, j’étais alors rentrée en France et travaillais sur un projet d’écriture de talk-shows pour la télévision française, ce qui n’existait pas encore à l’époque.

L’écriture de ce projet m’a amenée à prendre notamment contact avec la sexologue que je voulais faire intervenir dans l’émission avant de présenter ce talk-show à un producteur. Cette dernière a malheureusement coupé court à ma demande, me disant qu’elle n’était pas intéressée par ce projet sans précédent qu’elle peinait à comprendre. Avant qu’elle ne raccroche, je lui ai demandé la formation qui avait été la sienne.

Elle m’a indiqué la faculté de médecine de Paris XIII. Aussitôt le téléphone raccroché, sans doute un peu poussée par ma déconvenue et ce que cela supposait de vexation, j’ai immédiatement fait ma demande d’inscription sans même en mesurer l’implication que cela allait nécessiter.

Très engagée dans ce cursus, j’ai mis de côté mon écriture. Le fait est que les idées ne jaillissent pas d’un seul cerveau et que par ailleurs j’avais testé çà et là sa pertinence dans des échanges informels.

L’idée d’une manière ou d’une autre aura donc cheminé et se sera épanouie ailleurs que sous ma dictée pour voir finalement le jour et faire audience encore aujourd’hui. De mon côté, je serai devenue sexologue et par je ne sais quel hasard, j’y aurai été moult fois invitée sans que personne ne connaisse mon ambition première d’écriture. Je trouve l’histoire assez jolie et sans le moindre regret.

Aujourd’hui, pourquoi est-ce qu’on consulte un sexologue ?

Je dirais qu’il y a principalement trois sujets de consultation.pieds d'un couple sous la couette

Le sujet de la relation amoureuse dont la sexualité peut se faire le théâtre des difficultés et malentendus : une sorte de stigmatisation des problématiques relationnelles qui se réactualise ou s’officialise dans l’intimité des corps : manque de générosité, difficulté d’accueil de l’autre ou d’écoute de l’autre, rendez-vous loupés, brusqueries relationnelles, peine ou peur à trouver ou prendre sa place, recherche de reconnaissance, revendication du don/soumission de l’autre, etc.

Notre société nous enjoint à évaluer la pertinence d’une relation à sa performance sexuelle (qualitative et quantitative), réduisant les possibilités d’un couple à cette seule fonction sexuelle, comme elle la réduisait hier à la compétence de procréer. Pourtant, on peut être un couple formidable avec peu voire pas de sexualité ! Bien sûr on peut s’interroger quant à ce désintérêt réciproque, mais de là à en faire une remise en question de la relation elle-même ! Ce qui pose réellement un problème, c'est quand il y en a un qui veut et l’autre qui ne veut pas et que la légitimité du refus de la sexualité au nom du respect de ses limites fait le devoir de soumission de l’autre au renoncement à ses élans, de sa joie d’être et de son épanouissement personnel. Ou à l’inverse que le désir même joyeusement bouillonnant, fasse la contrainte d’une mise en scène sexuelle non sincèrement consentie.

Dans les deux cas, l’enjeu est de taille car il en va d’un risque de destruction de l’image de soi et de fait de la confiance à accorder à l’autre.

J’entends tous les jours ou presque, les incompréhensions des unes/uns et des autres devant l’insatisfaction de leur conjoint(e) qui se sent frustré(e) et à la merci du bon vouloir de son/sa partenaire, tandis que de son côté il/elle a le sentiment de faire tous les efforts du monde pour une sexualité, malgré sa rareté, toutefois maintenue. Il est alors question de reconnaître les impossibles, et démasquer les luttes de pouvoir inconscientes à l’origine de la difficulté d’équilibre. Permettre l’échange, inviter ou redonner de la place à qui s’interdit ou peine à la prendre.

La sexualité, c'est une conversation physique entre deux individus, ce n’est pas un monologue directif, mais bien un échange parfois même contradictoire mais qui se doit d’être libre pour être épanouissant.

Les autres motifs de consultation, sont plus directement liés à la sexualité elle-même, questionnant le désir ou le plaisir, des femmes comme ceux des hommes indépendamment de la relation.

Les femmes parlent de désir quand les hommes parlent d’érection insatisfaisante ou défaillante, les femmes parlent de plaisir quand les hommes parlent d’éjaculation trop rapide, trop lente ou impossible.

Si la mécanique corporelle peut traduire en effet une problématique émotionnelle, elle n’en est pas pour autant systématique. Une mécanique difficile peut trouver sa source dans une physiologie malmenée.

En revanche, toute érection n’est pas nécessairement l’expression d’un désir quand bien même elle en est une occasion (pensons par exemple aux érections nocturnes, du pénis comme du clitoris d’ailleurs, qui ne sont pas systématiquement en lien avec des rêves érotiques mais bien purement mécaniques). Toute éjaculation n’est pas l’expression systématique non plus d’un plaisir. De même une femme peut être désirante sans parvenir à s’ouvrir et se lubrifier, ou être en capacité de lubrification même abondante sans être nécessairement dans la liberté du plaisir.

Le désir et le plaisir, quelle qu’en soit la forme d’expression de la difficulté rencontrée, évoquent une idée inconsciente d’une certaine impuissance vis-à-vis de l’autre et/ou de soi.

Rencontrez-vous beaucoup de mixité homme-femme au cours de vos consultations ?

Difficile de répondre à cette question sans laisser penser à un mouvement sociétal alors que ce mouvement peut aussi être du fait du thérapeute lui-même, de sa sensibilité, son genre, son âge et son évolution professionnelle.

J'ai ainsi longtemps reçu en consultation plus de femmes que d'hommes, mais était-ce parce que j'étais une jeune femme ? Ou était-ce parce que la société a évolué et que, avec l’émergence de tous les #metoo par exemple, on a beaucoup remis en question l'homme qui se sent aujourd’hui davantage déstabilisé sur le plan sexuel et par conséquent se retrouve présent dans mon cabinet ?

C’est peut-être aussi parce que j'ai gagné en maturité, en visibilité et que j’ai réussi au fil des années à apaiser le discours. Le fait que je n’aborde pas la sexualité sous l’angle pathologique permet sans doute aussi aux hommes de se sentir très simplement libres de leurs interrogations, sans que ce ne soit le reflet d’un sentiment de « castration » ou d’impuissance, ce qui fluidifie leur venue dans mon cabinet.

D’ailleurs, je n'aime pas le terme « thérapie » qui suppose une situation de maladie. Je me vois plutôt comme une éclaireuse, j'accompagne l'individu pour qu'il aille vers le confort et le respect de son propre chemin et non pas vers une normalisation de l'attitude. Je suis assez exaspérée quand les médias vendent les nouvelles technologies ou les nouvelles pratiques qu'il faudrait avoir testées pour montrer qu'on est des gens épanouis. Fondamentalement, on finit par implanter ces idées dans la tête des gens qui voient cela comme un « devoir ». Or l’essai de pratiques, d’accessoires ou que sais-je devrait être du ressort d’une créativité ou conviction personnelle, d’une envie profonde. Je ne porte aucun jugement sur cela, lorsque des patients me disent « je voudrais réussir mon couple à trois », je leur réponds « OK, on y réfléchit » ! Tant qu’il s’agit d’une démarche individuelle et non pour être dans les clous.

Êtes-vous plutôt confrontée à des thérapies individuelles ou bien cette entreprise est-elle plutôt une démarche de couple ?

Les deux en réalité. Je reçois des hommes et des femmes individuellement ou bien des couples. Lorsque je reçois des couples cependant, je m'assure avant tout que la démarche émane des deux partenaires, qu’ils soient tous deux consentants et animés de curiosité. Si l’un des deux emmène l’autre « de force » pour lui faire entendre l’avis de la spécialiste et abonder dans son sens, cela ne fonctionne pas.

Quelles sont les évolutions que vous avez constatées dans la sexualité depuis ces vingt dernières années ? Est-elle plus libérée ?

couple heureux dans la neige et sentiment de libertéLibérée, je dirais que non. D’ailleurs, si je peux comparer ce que j’ai lu étant plus jeune sur la libération sexuelle des années 1968-1970 et ce que l’on observe aujourd’hui, c'est toujours la même chose en réalité. Lorsqu’on regarde en arrière, au 18e ou au 19e siècle pour parler des bourgeois notamment, on constate qu’il y a toujours des temps de grande liberté et des temps d'austérité, de renfermement, ou de morale plus prégnante. Ce qui évolue, c'est surtout la façon de verbaliser les choses. Mais dans les faits en revanche, nous sommes tous et à toutes les époques dans des processus d'évolution qui nous font petit à petit rentrer dans la sexualité. Entre le moment de l'adolescence, où on est prêt à concevoir et donc à faire l'amour (les premières menstruations) et le moment réel où on le fait, il y a un temps qui est long. On est capables de faire attendre la sexualité alors que pourtant, on est baignés d'hormones ! L’adage « ce sont les hormones » a donc une réputation complètement infondée.

Le discours de notre société laisse à penser que la libération sexuelle est la capacité de pouvoir tout faire. Or c’est une erreur car pouvoir tout faire, c'est pouvoir répondre à l'injonction sociale : ce n'est donc plus une liberté, par essence. La libération sexuelle, c’est d’être apte à dire non. Ainsi, à mon sens, elle réside plutôt dans la compétence à accueillir ce que je suis, comprendre ce que je suis, écrire mon propre cheminement et rechercher mon épanouissement personnel. Évidemment, elle se confronte à une autre liberté, celle de son partenaire de jeu. Le deal c’est donc de trouver un juste milieu entre ma liberté, ma curiosité, mon écriture et celles de l'autre. Là est toute la difficulté, à laquelle s’ajoute la différence de genre qui induit deux visions distinctes du monde…

La notion de liberté s’acquiert tout au long de l'existence, donc les gens ne sont pas plus libres ou moins libres. En revanche, ils ont plus la facilité verbale que ne l'avaient les générations passées. Mais est-ce une liberté ? Dans un sens oui, cela permet de nommer les choses plutôt que de rester avec des mots (et des maux) inquiétants qui seraient cachés comme des loups sous le lit.

Dans un second sens non, car cela confronte les gens à une sexualité bien avant qu'ils n’en aient la curiosité.

Finalement, il y a un avantage dans notre société aujourd'hui, qui a le verbe facile sur le sujet de la sexualité, mais un inconvénient qui est le fait qu'on est propulsé, pas nécessairement au moment où on le souhaite, dans une interrogation sur le sujet de la sexualité, créant ainsi possiblement des dommages. La pornographie, les expressions ou insultes, parfois totalement inscrites dans le discours des enfants qui arrivent de l'école en disant des mots de la sexualité qu'ils ignorent complètement… Parce que oui, ces mots sont devenus des mots de la vie courante, même s’ils sont lourds de sens. Aujourd'hui on parle tout le temps de sexualité, même sans s’en rendre compte, et les enfants entendent tout ! À mon sens, on a donc libéré le verbe mais avons-nous véritablement libéré la sexualité ? Je ne pense pas. Il me semble que la libération sexuelle s’inscrit dans le mouvement singulier de l’individu et avec la maturité de celui-ci. C’est un cheminement qu'il nous est donné de parcourir, ou pas, en marge des codes de la société à laquelle nous appartenons.

Le risque dans les 10 ou 20 prochaines années serait donc d'être tributaire de ce langage trop verbalisé, qui nous force à aborder le sujet avant qu'on y soit prêt ?

Parfaitement. Comparons le sujet des préliminaires par exemple, abordé par deux générations : la mienne et celle qui arrive dans la sexualité maintenant. Les adolescents d’aujourd’hui nomment « prélis » la fellation et le cunnilingus qu’ils introduisent dans le cadre du flirt, décorrélé le cas échéant de tout lien d’affection, et ce bien en amont (plusieurs années souvent) de leur projet de relation pénétrante. Tandis que ma génération à l’adolescence, considérait ces actes beaucoup trop intimes, au sens du face-à-face avec les sexes, pour s’y adonner avant la découverte devenue paisible de la sexualité et ainsi des sexes. Le baiser profond en revanche permettait la découverte de la pénétration orale, symbole de la pénétration sexuelle à venir. Ce baiser semble en revanche devenu très anecdotique chez les jeunes d’aujourd’hui, qui lui préfèrent le bisou sans affect.

Les mots de la sexualité devenus ordinaires et à usage quotidien, même hors contexte, ont tendance à banaliser la sexualité et le passage à l’acte de l’individu, qui s’il ne s’y soumet pas est perçu vraiment stupide tant l’acte est commun. En revanche ce sont bien les émotions qui sont perçues expression de l’intime et ce sont les élans amoureux qui peinent à se faire jour, quand hier ils étaient une façon de verbaliser ce que la pudeur réprimait. Comme vous le comprenez, les formes d’expression changent mais les conflits internes entre pulsions et pudeurs perdurent. À nous de veiller à ne pas nous faire souffrir dans ses interdits ou ses mises en scènes débridées.

symboles masculin et féminin représentant la mixité

Avez-vous entendu parler de la série à succès sur Netflix « Sex Education » ? Qu’en pensez-vous ?

Sex Education c’est l’histoire de l’adolescent vierge dont la maman est sexologue. J’ai vu le pitch car la jeunesse en parle donc je voulais voir de quoi il en retournait. Ce qui est intéressant c'est que le héros se donne du temps pour sa sexualité et donc il donne (ou parfois redonne) du temps aux autres jeunes qui sont jetés parfois tambours battants et subissent un rythme qui les heurte.

L’autre paramètre intéressant, c’est que ce sont des pairs, d’autres jeunes, qui donnent ces indications sur la sexualité. Les jeunes ont beaucoup de mal à écouter le discours d'adultes, puisqu’écouter le discours d'adultes ce serait entrer dans leur sexualité d’adultes, ce qui évidemment est complètement tabou. Le côté malin de cette écriture, c'est que comme c'est remis dans la bouche d'un adolescent, cela donne plus de crédit aux propos et cela permet de surcroît aux autres ados d'écouter quel que soit le côté où ils se trouvent. Certains s’identifient et écoutent le personnage vierge mais pas moins légitime parce qu’il est plein de savoir, d’autres écoutent les personnages qui rencontrent des problèmes mais qui n’en sont pas ridicules pour autant car même s’ils n’ont pas le savoir, ils ont le mérite d’avoir essayé et de s’être lancé dans le grand bain de la sexualité. C’est le moyen de réconcilier tout le monde, et c’est assez malin !

Pensez-vous que l’éducation sexuelle soit bien menée de nos jours ? Se fait-elle toujours par le biais scolaire, où les jeunes sont-ils de plus en plus « autodidactes » ?

Il va de soi que je ne suis pas allée dans tous les collèges et tous les lycées pour voir ce qui s'y joue, et j'espère que certains sont plus malins que d'autres ! Mais globalement non, c'est très mal fait et à plusieurs titres.

D'abord, cette éducation n'est pas réfléchie avec des gens du métier, donc l'Éducation Nationale se retrouve en charge de quelque chose qu'elle ne maîtrise pas. Effectivement, tout le monde fait l'amour mais tout le monde n'est pas en compétence pour prendre le recul nécessaire pour en parler, l'enseigner et l'interroger. L’explication à cela est toute simple : chacun en parle mais empreint de son point de vue émotionnel, de ses expériences – accidentelles ou heureuses. En réalité, tout est biaisé. On dit souvent aux établissements scolaires « débrouillez-vous et expliquez-leur », c’est pour cela que nombre d’entre nous se souviennent d’une « leçon de chose » qui relève davantage de la sphère gynécologique, anatomique que sexuelle.

En effet, ce qui pose problème, c’est qu’à moins de parler de procréation, parler de la sexualité c’est introduire la notion de plaisir. Et évidemment c'est assez curieux que dans le cadre scolaire qui n'est que trop perçu par la jeunesse comme étant un lieu de contrainte, de devoir et non de plaisir, on vienne leur expliquer quelque chose tout en veillant à ne pas tenter le diable. Il est donc question de mise en garde (grossesse, MST, consentement, respect d’autrui, genre…) ce qui est très intéressant et nécessaire mais des réflexions auxquelles on ne peut surtout pas réduire la sexualité. Car les toutes premières notions à aborder sont totalement inexistantes : pourquoi avons-nous envie de faire l’amour ? Qu’y recherchons-nous ? Quel enjeu individuel à la clé ?

On demande également aux enseignants de faire à la fois des cours d'éducation sexuelle mais aussi de nier le genre… C'est très compliqué, car la sexualité sans genre n'est pas possible, quel que soit le genre ! On ne leur a pas donné les clés pour aborder ce sujet dans le bon sens.

N’est-ce pas justement la notion de genre et sa richesse qu’il faudrait donner à la réflexion, plutôt que sa négation ou l’idée folle d’un arbitrage individuel qui devient source d’angoisse ?

Quoi qu’il en soit, l’adulte n’a pas lieu d’éduquer à la sexualité l’enfant ou l’adolescent. Tout juste doit-il permettre la liberté du questionnement et être paisiblement au rendez-vous des interrogations en restant toujours à sa place. Ceci dit, tous les enfants n’ayant pas autour d’eux des adultes en capacité de ces échanges, c’est l’école qui tente ce challenge. Tous les enfants n’ayant pas le même rythme de développement, certains en seront bousculés ou même heurtés.

Et si on éduquait les parents à la sexualité ? ;-)

Sexualité et amour : ces deux notions sont-elles intrinsèquement liées pour vous ?

couple heureux sur la plageElles le sont et elles ne le sont pas. On n’a pas besoin d'être amoureux de l'autre pour faire l'amour avec l'autre. Comme je n’ai pas besoin que vous soyez mon amie pour partir en voyage avec vous. Maintenant, si nous partons en voyage ensemble, je vais vous découvrir et plus nous ferons des choses ensemble, plus j'aurai matière à vous aimer. Sans aucun doute, à la fin de ce voyage, vous serez devenue mon amie. Mais à la genèse, je n’ai pas besoin d’être votre amie pour partir en voyage avec vous. À l’inverse, certains diront « moi je ne connais pas cette fille, partir avec elle en voyage pendant une semaine ou quinze jours… Je ne suis pas sûr, d’autant plus que je ne me sens pas très à l’aise avec quelqu’un que je ne connais pas, qui sera dans mon intimité, dans l’intimité de mes matins… Moi le matin je suis un peu chagrin, il nous faudra partager le petit-déjeuner… Non, je préfère partir avec quelqu’un que je connais ». En amour, c’est la même chose. Je peux ne pas pouvoir faire l'amour avec quelqu'un car j'ai besoin d’un sas de confiance suffisant pour pouvoir faire l'amour, et que c'est cette réciprocité qui me permet de le faire. Ou alors, je peux vouloir faire l'amour à cette personne que je ne connais pas, parce qu’elle me plaît, qu’elle est très excitante, et qu’il doit y avoir quelque chose de beau à découvrir. Alors je vais me lancer, ça va être magique, sa façon de me regarder et de me toucher va me correspondre parfaitement et, chemin faisant, je pourrai peut-être même tomber amoureux(se) de cette personne… Ou pas, et je me raviserai simplement. Certaines personnes se sentent ridicules car elles sont considérées comme de l’ancienne école, elles se font taquiner et entendent « tu as encore besoin d’aimer pour faire l’amour ?! Mais non, envoie-toi en l’air comme ça, de quoi tu as peur ?! ». Et pourtant, elles sont tout à fait dans leur droit et sont parfaitement légitimes à avoir des prérequis pour faire l’amour, s’il s’agit pour elles d’une sécurité.

D'autres personnes ont besoin de ne pas aimer pour pouvoir faire l'amour, parce qu’aimer est une responsabilité qui encombre leur sexualité. Je reprends l'exemple du voyage : vous êtes mon amie, on nous propose de voyager ensemble. Comme je vous aime bien et qu’on s’apprête à faire quelque chose de coûteux pour moi, qui risque de me mettre à cran, je préfère partir avec quelqu'un d'étranger en vacances. Je n’ai pas envie que mon amie me voie dans cette situation, et je serai plus confortable si je ne me sens pas engagée. Si ça se passe mal, personne ne sera témoin de cela. Autrement dit, si l’on fait l’amour à quelqu’un qu’on aime, on s’engage par le sentiment et comme c’est un engagement, on se retrouve en devoir de fidélité (à l’histoire ou à la personne) et j’attends la même chose de mon partenaire. On est aussi confronté à la peur de la dépendance. Souvent, on fuit le sentiment pour ne pas dépendre de l’autre.

Il vous arrive de recommander des petits remèdes à vos patients pour booster la sexualité ?

Premièrement, la chose à laquelle je fais le plus attention est encore une fois à distance de la sexualité, c'est l’équilibre du microbiote, pour notamment l’équilibre des neurotransmetteurs. Sans équilibre des neurotransmetteurs, il n'y a pas de dopamine qui est le démarrage de tout y compris de la sexualité. Il n'y a pas non plus de noradrénaline, donc pas d’énergie pour faire les choses et sentir l'élan de les faire. Enfin, il n’y a pas de sérotonine, cette hormone du bonheur qui permet d'avoir une belle image de soi, d’être fier de soi, qui fait qu’on peut envisager une sexualité paisible et joyeuse et non expression moribonde ou expression de stress, d’agressivité ou de dépendance si elle est défaillante !

huile de rose musquée indiquée pour prendre conscience de sa sexualité

Ensuite, c'est tout ce qui met en paix. Parce que contrairement à ce que l’on peut penser, lorsqu’on souhaite stimuler la sexualité, on pense aux excitants. C'est au contraire ce qui calme, ce qui met en tranquillité qui sera le meilleur allié, parce que la difficulté dans la sexualité c’est l'anxiété : celle de la performance, celle de ne pas être à la hauteur, celle de ne pas plaire ou de ne pas être aimé(e). Donc l’objectif c’est plutôt d’être bien avec soi-même.

Je suis également attentive au fait que se sentir lourd, pesant, encombré(e) – et je ne parle pas d’esthétisme mais plutôt de confort avec soi-même – on ne va pas être en tranquillité pour faire l’amour. Pour vivre sa sexualité de façon jouissive, il faut d'abord veiller à être calme, tranquille, assertif, apaisé, spontané et libre de son corps et ses contours… C’est plutôt à cela qu’il faut prêter attention avant d’opter pour la stimulation. Je pense véritablement que le corps doit être en équilibre pour pouvoir accomplir tout ce qui lui est possible de faire, c’est pourquoi il est fondamental pour moi de booster dans une cohérence globale et non juste sur des points précis.

En termes d’actifs, le magnésium par exemple, ou la maca pour les femmes, sont particulièrement intéressants pour leurs propriétés énergétiques, qu’elles soient physiques ou psychiques. Attention toutefois, il ne faut pas s’attendre à des résultats exacerbés du jour au lendemain, rien ne sert d’en consommer des quantités folles vous n’allez pas pour autant grimper aux rideaux (rires) !

L'homéopathie s’avère aussi intéressante. J’aime beaucoup par exemple le Gelsemium pour calmer l’angoisse de performance qui est délétère à la sexualité pour les hommes par exemple, ou bien lorsque ce sont des femmes qui souffrent de vaginisme qui sont très angoissées et qui se retrouvent dans des situations de contractions extrêmes du périnée…

Enfin, il y a des huiles que j'aime bien, notamment l'huile de rose musquée. Souvent lorsque les femmes ont du mal à l’accueil et la conscience de leur sexe et de fait de leur élan sexuel, je leur propose d'en mettre quelques gouttes sur leur vulve. Le fait du geste et de sentir cette odeur, lorsqu’on se déshabille par exemple, leur rappelle qu’elles ont un sexe. On est tout le temps habillé et on passe notre vie lorsqu’on se déshabille à se rhabiller tout de suite. Toute la difficulté réside pour certaines dans le fait de prendre conscience qu’elles ont un sexe et un sexe vivant. Les hommes sont un peu moins concernés par cette sorte de déni, de par la situation extérieure de leur pénis et le fait que leur recherche de confort leur fait régulièrement replacer leur sexe. Les femmes peuvent replacer leurs seins dans leur soutien-gorge, mais jamais leur sexe : résultat, on peut presque l’oublier. C’est donc un petit moyen mnémotechnique pour se souvenir de son corps.

Merci Catherine Blanc.

        Où la retrouver ?

        BrutX : "Première séance" - série de 6 épisodes sur la sexologiela sexualité décomplexée livre de Catherine Blanc

        Instagram :

        natur_oh_by_catherineblanc

        catherineblanc_psysexologue

        Site web www.catherineblanc.com

        Radio : Europe 1

        Auteure de :

        « La sexualité des femmes n’est pas celle des magazines »

        « La sexualité décomplexée : 50 idées reçues… revues et corrigées »

 


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